Transition vers le protocole IPv6 : le chemin est encore long

  1. IPv6 transition

Depuis des années, les pouvoirs publics et l’ARCEP oeuvrent de concert pour une transition progressive vers le protocole IPv6. L’objectif ? En finir avec les limites du protocole IPv4 notamment en termes d’espace d’adressage, alors que nos pratiques d’Internet ne cessent de se diversifier.

IPv4 : c’est quoi le problème ?

Le protocole IPv4 est le fruit de multiples travaux menés tout au long des années 1970. Sa formalisation officielle remonte à septembre 1981 avec la norme RFC 791, relative aux aspects techniques d’Internet.

Concrètement, il s’agit, encore aujourd’hui, du protocole majoritairement utilisé par nos terminaux dotés d’une adresse IP. Il est ainsi sollicité par nos ordinateurs, smartphones, tablettes et objets connectés, pour l’ensemble de leurs communications avec Internet.

Ce protocole IPv4 embarque un espace d’adressage limité à 4,3 milliards d’adresses IP. Une quantité impressionnante mais qui arrive à saturation, en raison de l’apparition permanente de nouveaux usages d’Internet. Cet épuisement de plus en plus perceptible n’est pas sans conséquence. Selon l’ARCEP, de sérieux risques de surcoûts et de dysfonctionnements pourraient apparaître avec la pénurie des adresses IPv4.

IPv6, un protocole qui s’affranchit des limites de l’espace d’adressage

Dès le début des années 2000, l’ARCEP a identifié le protocole IPv6 comme une alternative crédible au protocole IPv4. L’IPv6 présente en effet l’avantage de disposer d’un espace d’adressage quasi-illimité. Un avantage considérable face aux problématiques actuelles concernant l’enrichissement de plus en plus rapide de nos usages d’Internet, notamment avec l’Internet des objets (IoT). La ligne rouge ne serait toutefois pas encore franchie selon Sébastien SORIANO, Président de l’ARCEP, qui s’est exprimé pour le média NextInpact.

« Nous ne sommes pas encore au point où il faut imposer une bascule obligatoire vers IPv6. Nous sommes au redémarrage, donc il faut être dans l’accompagnement, l’alignement des planètes. (…) Quand nous aurons franchi un certain seuil critique, là il faudra entrer dans l’idée de transition complète, parce que maintenir deux systèmes devient très coûteux et complexe. À ce moment, il faudra entrer dans un régime obligatoire. »

Un déploiement national dépendant de nombreux acteurs

La transition vers le protocole IPv6 est une évolution en profondeur de nos communications Internet. Plusieurs acteurs sont donc directement concernés par les préparatifs et adaptations préalables à son bon déploiement :

  • Fournisseurs de contenus / d’applications
  • Intermédiaires techniques
  • Infrastructures DNS
  • Equipementiers
  • Fournisseurs d’accès à Internet (FAI)

La France s’est engagée dès la fin des années 2000 sur la voie du protocole IPv6 pour ses réseaux fixes. A l’heure actuelle, la chaîne technique maintient un rythme d’adaptation constant et globalement conforme aux attentes. Le déploiement s’annonce en revanche plus long que prévu pour les fournisseurs d’accès à Internet (FAI).

Ce ralentissement s’explique par les investissements lourds que représente la mise à jour complète du réseau national. Ces interventions présentent par ailleurs des retours sur investissements peu perceptibles pour les opérateurs. Les mises à jour sont dès lors souvent effectuées à l’occasion d’améliorations d’offres demandées par les clients. Le raccordement à la fibre constitue ainsi à ce jour la principale opportunité saisie par les opérateurs pour basculer d’IPv4 vers IPv6.

Des perspectives encourageantes pour la période 2018-2020

Malgré tout, les prédictions formulées par les principaux FAI présagent des améliorations notables dès 2018. C’est notamment le cas d’Orange, qui prévoit d’activer entre 50% et 60% de ses clients en IPv6 d’ici la fin de l’année (contre environ 30% à fin 2017). L’opérateur annonce par ailleurs qu’un seuil compris entre 70% et 80% sera atteint en 2020.

L’année 2018 sera également consacrée par l’ensemble des FAI à des tests relatifs à l’adaptation des réseaux mobiles au protocole IPv6. Là encore, l’objectif sera d’entreprendre une migration dans les meilleurs délais.

Du côté de l’ARCEP, plusieurs actions incitatives, formulées dès mi-2016, sont au coeur du travail mené dans le cadre de l’Observatoire de la transition vers IPv6 en France.

  • Basculement de tous les sites de services publics et gouvernementaux en IPv6 à titre d’exemple ;
  • Communication renforcée autour des chantiers menés dans le cadre de cette transition ;
  • Révision de l’enseignement dispensé qui accorde encore aujourd’hui une place centrale au protocole IPv4 au détriment du protocole IPv6…

Autant d’actions pertinentes pour permettre d’impliquer et de fédérer l’ensemble des acteurs concernés autour des enjeux de cette transition.

Quelques précisions supplémentaires sur l’IPv6

Aujourd’hui, la plupart des clients des principaux FAI sont dits IPv6-ready. Cela signifie que le réseau de leur opérateur est capable de gérer le trafic via le protocole IPv6.

Cependant, le taux de clients IPv6-actifs, c’est-à-dire qui disposent d’équipements internet compatibles et effectivement activés pour le protocole IPv6, est inférieur au nombre de clients IPv6-ready. Ce point explique en partie les ralentissements sur le déploiement.

Enfin, certains clients sont dits en dual-stack. Ce terme désigne les clients dont l’opérateur a déployé simultanément les deux protocoles. Selon les estimations des opérateurs pour l’ARCEP, ces clients effectuent entre un tiers et la moitié de leurs communications et échanges sur Internet via le protocole IPv6.